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FOAD : vers une facilitation de l’imputabilité des formations numériques ? Article du Quotidien de la formation

Cet article de Benjamin d'Alguerre est paru le 21 novembre 2012 dans le Quotidien de la formation du Centre Inffo (sur abonnement). Son auteur et Centre Inffo ont aimablement accepté que nous le reproduisions ici.

Les 19, 20 et 21 novembre, le Forum français pour la formation ouverte et à distance (FFFOD) organisait à Marseille ses dixièmes rencontres, consacrées, cette année, à la place du numérique dans la formation formelle et informelle.

Que la transmission de connaissances « informelles » soit possible par le biais d’un environnement numérique du quotidien sans cesse croissant est un fait admis par ces promoteurs de la formation à distance. Demeure la question de définir ce qu’est exactement un savoir et, surtout, de pouvoir l’identifier et le transmettre au travers de la jungle de pixels du « e-Bazar ». L’idée d’une valorisation des formations numériques, cependant, fait son chemin puisque Thierry Repentin, qui ouvrait les rencontres, a évoqué la possibilité de faciliter l’imputabilité de la FOAD.

« E-Bazar ». Le terme a justement été utilisé par Jacques Bahry, président du Forum, pour désigner le long inventaire à la Prévert des ressources et contenus pédagogiques disponibles sur la Toile. Contenus desquels il n’est pas toujours aisé de trier le bon grain de l’ivraie. « Les premiers diffuseurs d’information sur Internet relèvent avant tout du secteur de la publicité et de la communication marchande », a-t-il prévenu. « Or, il faut garder en tête que la diffusion massive d’information, ce n’est pas de la formation. Le métier des e-pédagogues consiste avant tout à accompagner les apprenants dans leurs démarches d’apprentissage, de constituer une interface entre l’information qu’ils sont susceptibles de trouver et les contenus réellement pertinents ». Pour Frédéric Haeuw [1], consultant et spécialiste des questions de FOAD, d’autoformation et d’individualisation des formations, il est crucial d’établir une définition claire d’une action de e-formation : « Existe-t-il intention d’apprendre ou non ? Si la réponse est négative, alors il n’y a pas action d’apprentissage ». A ses yeux, d’ailleurs, la surabondance d’informations disponibles en l’absence de tout tri constitue même une « pollution intellectuelle ». Des propos que partage, en partie, Olivier Las Vergnas, président du réseau des Cités des métiers, mais surtout astrophysicien. Lui reconnaît l’influence positive des réseaux et outils numériques dans le développement de l’intérêt du grand public pour les sciences. Les grandes universités anglo-saxonnes ne s’y sont d’ailleurs pas trompées, elles qui ont développé et mis en ligne plusieurs plateformes consacrées, notamment, au partage de données astronomiques et astrophysiques (globe@night, galaxyzoo, milkyway@home, etc.), librement accessibles au grand public et sur le contenu desquelles l’internaute moyen peut agir. Cependant, ces initiatives n’empêchent pas, pour le directeur de la Cité des métiers de La Villette, la mise en réseau du savoir de rencontrer ses limites. « Le risque existe que cette apparente transmission du savoir se limite, en réalité, à un simulacre d’appropriation de connaissances parcellaires sans maîtriser la chaîne cognitive de bout en bout ». Et concernant la mise en réseau des contenus de formation, la logique est similaire, à en croire Frédéric Haeuw : « être membre d’un réseau peut effectivement contribuer à la diffusion de l’apprentissage, mais il est impensable, pour une entreprise ou un organisme de formation, de se contenter de mettre un réseau à disposition des apprenants sans organiser des temps d’échange, de tutorat, de retours d’expériences ».

Un informel qui enrichit le formel

Encadrer, tutorer, mentorer, sélectionner, trier, accompagner, guider… autant de verbes qui auront été souvent répétés lors de ces journées. Signe d’un world web qui n’aurait jamais été aussi wild ? Catherine Clénet, formatrice consultante, avait consacré, en 2007, une partie de sa thèse à développer un dispositif de l’accompagnement d’étudiants en Licence de sciences de l’éducation de l’Université Paris-VIII (tous adultes, salariés, venus au titre de la formation continue et situés dans des zones géographiquement aussi distantes que l’Ile-de-France, la Provence ou la Réunion) par la création de forums thématiques dédiés aux éléments pédagogiques du diplôme, mais ne négligeant pas la dimension personnelle des échanges pour autant. Résultat ? « L’existence d’un groupe tutoral a permis l’instauration d’un espace social dynamique entre les apprenants et a facilité l’autonomie et l’entretien de pratiques réflexives. Ainsi, sur notre groupe témoins de dix-sept étudiants, quinze ont obtenu leur diplôme en un an ». Et pour l’ex-thésarde, cette expérience (qui se poursuit à Paris-VIII avec de nouvelles promotions), l’informel est venu grandement enrichir la pédagogie formelle.

Une circulaire relative à la FOAD qui pourrait devenir une loi ?

Ce lien apparaît naturel à Jacques Bahry : « de tous temps, les bons enseignants ont su utiliser l’informel au service de leurs cours, et ce, bien avant le numérique ! La salle de formation ne doit pas devenir une chapelle fermée sur le monde qui l’entoure ». D’ailleurs, pour celui qui préside le FFFOD depuis dix-huit ans, la promotion de la FOAD n’est même plus un sujet d’actualité « tant le numérique est devenu omniprésent dans notre entourage ». Reste à en convaincre les acteurs de la formation « …et plus particulièrement ceux en charge du financement », souligne Frédéric Haeuw qui reconnaît la difficulté de faire prendre en charge les apprentissages informels par les Opca du fait des difficultés rencontrées en matière de justification et de certification des compétences acquises par ce biais. « Malheureusement, la question du financement effraye les Opca qui craignent le contrôle de la DGEFP ; effraie le FPSPP qui souhaite être certain de la justification des fonds qu’il accorde… » a regretté Jacques Bahry pour qui le début d’une solution quant à une meilleure perception de la formation informelle (par le biais du numérique) pourrait venir de la montée en puissance de la structure juridique de la circulaire n°2001/22 du 20 juillet 2001 relative aux formations ouvertes et/ou à distance, définissant les règles d’imputabilité de la FOAD.

Une circulaire signée, à l’époque, par le délégué général de l’emploi et de la formation professionnelle. « Si cette circulaire pouvait devenir une loi, alors l’imputabilité pourrait être opposée aux contrôles » explique le président du Forum. Et justement, l’idée d’une imputabilité accrue des processus de formation à distance a été évoquée par l’invité d’honneur des rencontres, Thierry Repentin, le premier titulaire du portefeuille de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage à s’y être rendu. D’ores et déjà, le FFFOD place un grand nombre d’espoir dans cette main tendue.

[1] Le blog de Frédéric Haeuw, consacré aux nouvelles technologies et à la formation des adultes : http://www.haeuw.com/

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