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Lundi, 29 Avril 2013 09:43

Vers de nouveaux modèles économiques pour l’Enseignement et la Formation

Note de Jacques Bahry* du 29 avril 2013

Le projet d’Ecole 42, après les différents types de MOOC, est une occasion  de réfléchir à une évolution de modèle économique pour l’Enseignement et la Formation, ou plus exactement à l’apparition d’une pluralité de modèles économiques.
Si l’on regarde l’activité cinématographique, elle  nous montre, avec l’exemple des super productions de type Spielberg, que la vente des places de cinéma aux spectateurs n’a plus qu’une importance relative dans le modèle économique de ces  super  productions, comparée  à la vente des droits aux chaînes de télévision, aux  vidéo  bien sûr, ainsi que des droits musicaux ou sur les livres, les jeux, les peluches, les tee-shirts, etc.

Bien entendu, tout cela est conditionné néanmoins par le fait que le film ait pu réunir un très  grand nombre de spectateurs à travers le monde. C’est là qu’intervient l’importance du  succès auprès du public.

Si l’on regarde les  MOOC (Massive open online courses) dont on parle beaucoup en ce moment. Ils constituent aussi, depuis quelques années, des dispositifs  gratuits pour les apprenants.

Où sont donc les recettes qui permettent de garantir leur équilibre économique ? Il convient de considérer tout d’abord  la volonté des grands groupes de participer à une influence culturelle, qui est ce que stratégiquement veut développer leur pays. On pense d’abord aux USA et à toute leur industrie des media, mais aussi à leurs grandes universités, qui ont une politique délibérée d’influence culturelle  américaine au niveau mondial  (soft power). Mais des pays émergents tels que l’Inde s’y mettent aussi (Université Indira Gandhi) comme on peut le voir sur le continent africain.

Il s’agit également dans ce type de projets, de manière cette fois  directement profitable, de la vente de certifications, de la vente des meilleurs apprenants aux chasseurs de têtes, de la vente éventuelle de bases de données sur les personnes pour le marketing, etc.  (Pensez à la valeur d’un fichier mondial renseigné et actualisé de plus d’un million de personnes !)

Si on les analyse de près, l’intérêt pédagogique des MOOC est relativement faible, en tout cas variable. Beaucoup sont encore  peu interactifs (principalement des contenus en ligne), mais du fait de la masse des étudiants touchés, il s’y crée des communautés d’apprenants, qui elles s’avèrent souvent particulièrement intéressantes.

Si l’on s’arrête un instant pour réfléchir au pourquoi de la valeur des diplômes,  la raison en est en général double, ils sont supposés :

  • sécuriser les personnes et leur assurer les meilleures garanties pour leur vie professionnelle.
  • permettre aux entreprises une meilleure lisibilité de la compétence des personnes.

Le premier point n’est pas l’objectif principal ni des MOOC, ni de l’Ecole 42. Et pour le deuxième, la compétence peut se prouver autrement que par un diplôme, et particulièrement en informatique.
Lorsque Google offre 20.000 $ (plus certainement, une embauche à la clé) à l’informaticien qui sera capable de pirater son propre navigateur  Internet, Chrome, il ne va pas en plus lui demander ses
diplômes !

Et il est parfaitement vrai aussi qu’un certain nombres de «petits génies» sont allergiques à une scolarité normale et que les chercher, les détecter, les sélectionner, peut se faire en-dehors des cadres habituels de sélection scolaire et académique. Les prérequis disciplinaires classiques (en mathématique en particulier) sont inadaptés pour ce type de profils et les tests de logique, s’ils sont pertinents, sont sans doute un bon moyen de sélection.

Que ce soit avec les MOOC, ou avec le projet de l’Ecole 42, on voit se dessiner un nouveau modèle économique :

  • sélection sans tabous académiques
  • disposer ainsi d’un grand vivier, d’une grande population de base
  • obtenir de manière dérivée des «produits ou services» vendables, autres que la formation elle-même.

Cette évolution peut aussi déboucher sur un modèle économique plus atypique encore, où l’on ne sait pas au début ce qui va être source de recette au terme du process (proche des théories du «chaos management»), où l’on prend le risque de ne pas savoir exactement et donc de ne pas pouvoir chiffrer, prévoir ce que l’on va vendre au final, mais où l’on est convaincu qu’en réunissant de jeunes intelligences, en réseaux, en communautés virtuelles (voire même un peu physiques), il en sortira toujours quelque chose qui pourra être exploitée.

Le travail de la structure consiste alors à mettre en place des systèmes qui permettent :

  • d’encourager, d’accompagner les initiatives
  • mais surtout de faire en sorte que la structure soit assez plastique (et ce sont les structures les plus financières qui sont les plus plastiques) pour pouvoir en tirer quelque chose en termes d’exploitation commerciale, au-delà du seul intérêt d’image (déjà réel), par exemple :
    • Participation à des créations d’entreprises innovantes
    • Participation à des ventes d’applications
    • Découverte/Innovation/Recherche
    • Dépôt de brevets, exploitation de leurs propriétés et de leurs commercialisations, font sans doute partie des retours d’investissements majeurs que peut espérer ainsi la structure d’enseignement et de formation. Si on peut toujours la désigner de cette manière.

En effet, avec ces nouveaux modèles économiques fondés sur la gratuité, on est en droit de se demander si le cœur même du métier de ces structures n’est pas en train de glisser de la formation vers autre chose.

 

La note en pdf : http://corporate.cesi.fr/actualites-opinion-libre-vers-de-nouveaux-modeles-economiques-pour-l-enseignement-et-la-formation.asp

* Jacques Bahry est président du FFFOD et délégué général du Groupe CESI.

Photo : Viola sp. in Centre Horticole de la Ville de Paris - Author: Liné1 - CC-BY-SA-3.0,2.5,2.0,1.0



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